Teghaza 001, un fragment de Mars vieux d’au moins 4,1 milliards d’années

Mars & histoire du Système solaire · Publication : · Mis à jour le

Teghaza 001 conserve une partie de l’histoire de la croûte ancienne de Mars. Ses minéraux permettent de dater la roche et de retrouver les traces de ses interactions avec des fluides.

Coupe gris et noir de la météorite Teghaza 001 montrant une mosaïque de minéraux et de fractures ; barre d’échelle de 1 millimètre.
Image d’une coupe de Teghaza 001 utilisée pour repérer les minéraux à analyser et étudier l’âge de la roche. La barre d’échelle est conservée. Il s’agit d’un échantillon réel, pas d’une vue d’artiste ni d’une preuve visuelle autonome d’eau martienne. Crédit : NASA/JPL-Caltech. Droits de réutilisation.

Un morceau de Mars retrouvé dans le Sahara

Huit fragments de roche, pour une masse totale d’à peine 800 grammes : Teghaza 001 tient dans une petite collection d’échantillons. Trouvée en 2022 dans le désert du Sahara, au Mali, cette météorite offre une occasion rare d’étudier directement une roche de la croûte ancienne de Mars. [1][2]

Quel âge a cette roche, et que nous apprend-elle sur les débuts de Mars ? Une étude publiée le 29 octobre 2026 dans Science apporte une réponse : elle s’est formée il y a au moins 4,1 milliards d’années, et ses minéraux gardent les traces de réactions avec des fluides martiens. Ces analyses retracent son histoire sur Mars ; elles ne datent pas l’impact qui l’a ensuite éjectée dans l’espace. [1][2]

Une archive rare de la croûte ancienne

Les météorites martiennes donnent accès à de véritables échantillons de la planète. Mais la plupart des roches magmatiques de cette collection sont beaucoup plus jeunes qu’une grande partie de la surface de Mars. Les chercheurs disposent donc de peu de témoins directs de sa croûte la plus ancienne. [2]

Teghaza 001 apporte une pièce différente. Sa texture et ses minéraux indiquent une roche issue d’un magma qui a refroidi lentement. Sa composition chimique se distingue de celle des autres météorites martiennes étudiées et renseigne sur la diversité des matériaux qui ont participé à la construction de Mars. [2]

L’équipe, menée par Yang Liu du Jet Propulsion Laboratory, a croisé plusieurs méthodes pour reconstituer ce parcours. L’intérêt du résultat tient à cet ensemble d’indices, pas à une seule mesure isolée. [1][2]

Des horloges à l’intérieur des minéraux

Pour dater la roche, les scientifiques ont étudié notamment des cristaux de zircon. Les rapports entre certains isotopes de l’uranium et du plomb servent d’horloges géologiques. Une autre méthode, fondée sur le rubidium et le strontium, a été appliquée à de petits grains de différents minéraux. [1][2]

Plusieurs de ces horloges convergent vers une époque située autour de 4,1 milliards d’années. Mais un âge minéral ne correspond pas toujours directement au moment où le magma s’est solidifié : un événement ultérieur peut modifier les systèmes utilisés pour dater la roche. [2]

Dans leur interprétation, les chercheurs associent cet âge à un épisode d’altération hydrothermale, c’est-à-dire à des réactions avec des fluides chauds. La formation initiale de la roche serait donc légèrement antérieure. C’est pourquoi le résultat est formulé comme un âge minimal. [2]

L’eau a laissé des traces chimiques

Certains minéraux montrent des transformations compatibles avec des réactions survenues en présence de fluides. La répartition des isotopes de l’oxygène fournit un indice supplémentaire : les analyses révèlent des signatures enrichies en oxygène 18, que l’équipe relie à des échanges entre la roche et des fluides martiens avant son éjection dans l’espace. [2]

La météorite a aussi été altérée après son arrivée sur Terre. Les chercheurs distinguent ces effets terrestres, dont certains dépôts dans les fractures, des transformations qu’ils attribuent à Mars. Toutes les marques visibles dans l’échantillon ne racontent donc pas la même étape de son histoire. [2][3]

Carte de Mars avec treize zones indiquées comme compatibles avec la composition de Teghaza 001.
Treize zones de Mars correspondent à des propriétés minéralogiques et chimiques de Teghaza 001. Ce sont des localisations possibles, pas un point d’éjection identifié. Les indications d’origine sont conservées. Crédit : NASA/JPL-Caltech/USGS. Droits de réutilisation.

Un lieu d’origine encore incertain

À une époque qui reste inconnue, un impact a arraché la roche à Mars. Elle a ensuite voyagé dans l’espace avant d’atteindre la Terre. Son lieu de départ précis n’est pas établi. Les auteurs proposent des terrains compatibles dans les hautes terres martiennes, à partir de comparaisons chimiques et minéralogiques avec les observations orbitales. [1][2]

La roche dont provient Teghaza 001 s’est donc formée il y a au moins 4,1 milliards d’années. Les chercheurs interprètent les datations autour de cette époque comme la trace d’un épisode de réactions avec des fluides chauds, survenu peu après sa formation. Ce fragment constitue ainsi un témoin rare de la croûte ancienne de Mars et des transformations qu’elle a subies. La date de son éjection de Mars reste, elle, inconnue. [2]

Les sources

  1. NASA / JPL — Une des plus anciennes météorites martiennes identifiées · 2026-10-29
  2. Liu et al. — A Martian meteorite that formed ≳4.1 billion years ago samples Mars’ early crust and mantle · 2026-10-29
  3. NASA / JPL-Caltech — Coupe de la météorite Teghaza 001 (PIA26801) · 2026-10-29