Hubble et Webb dévoilent les secrets de la nébuleuse de la Tête de Chat
Un pilier de poussière évoque un chat dans la nébuleuse de la Carène. Hubble et Webb en révèlent des détails complémentaires, du visible à l’infrarouge.

Un chat dessiné par la poussière
Une tête tournée vers la droite, un œil lumineux, une longue silhouette sombre : dans la nébuleuse de la Carène, un pilier de poussière évoque un chat assis de dos. Les nouvelles vues de Hubble et de James Webb, diffusées le 29 octobre 2026, donnent à cette ressemblance une tout autre profondeur. Elles montrent une région où naissent des étoiles, à plusieurs milliers d’années-lumière de la Terre. [1]
Le surnom « Tête de Chat » décrit une forme que nous reconnaissons dans le nuage. Son intérêt scientifique vient surtout des différences entre les images : une même structure peut masquer la lumière dans une vue et révéler ses détails dans une autre.
Avec Hubble, une silhouette et un bord lumineux
Dans l’image de Hubble, le pilier paraît brun et opaque. Sur son bord droit, un liseré clair souligne la frontière entre la matière dense et le milieu environnant. Ce contour est compatible avec du gaz éclairé et ionisé par le rayonnement ultraviolet d’étoiles massives voisines. [2]
Ce rayonnement peut chauffer le gaz au point de le disperser : c’est la photoévaporation. Les vents stellaires et les ultraviolets ont probablement contribué à sculpter le pilier, tandis que les zones les plus denses résistent davantage à l’érosion. La silhouette est donc une étape d’une transformation en cours. [1][2]
Hubble a observé cette région le 15 janvier 2026 avec sa caméra WFC3. Les filtres employés enregistrent notamment des émissions de l’oxygène, de l’hydrogène et du soufre, ainsi que de la lumière d’étoiles diffusée par la poussière. [2]

Webb traverse une partie du voile
La caméra NIRCam de Webb observe dans le proche infrarouge. Dans cette gamme de longueurs d’onde, une partie de la poussière devient plus transparente : le champ se peuple d’étoiles et la surface du pilier gagne en détails. Quelques galaxies lointaines apparaissent même à l’arrière-plan. Certaines étoiles restent cependant enfouies dans la poussière. [3]
L’instrument MIRI apporte une autre lecture, dans l’infrarouge moyen. Il fait ressortir les émissions de poussières chaudes et de molécules contenant du carbone, excitées par la lumière des étoiles. À gauche du pilier, de fins filaments et de petites concentrations de matière deviennent particulièrement visibles. [4]
Les deux observations de Webb datent du 27 mai 2026. Les comparer à Hubble permet surtout de comprendre ce que chaque gamme de lumière révèle. Ces images ne constituent pas un film montrant la transformation du nuage entre janvier et mai. [2][3][4]
Pourquoi les couleurs changent-elles ?
Le pilier sombre de Hubble prend des tons orangés dans la vue de NIRCam, puis gris bleuté dans celle de MIRI. Ces différences demandent une précaution de lecture : les couleurs sont attribuées aux données recueillies à travers différents filtres. Elles rendent les observations lisibles et comparables. [2][3][4]
Pour MIRI, par exemple, trois filtres sont représentés en bleu, vert et rouge. L’image traduit ainsi en couleurs visibles des rayonnements infrarouges que nos yeux ne perçoivent pas. Le rouge d’une vue et le rouge d’une autre ne désignent donc pas nécessairement le même phénomène. [4]
L’« œil » garde une part de mystère
La source lumineuse à l’emplacement de l’œil pourrait correspondre à une jeune étoile encore partiellement enveloppée de poussière. Cette interprétation reste prudente dans la présentation des observations. De même, un filament semblant passer devant une autre source brillante dans la vue MIRI ne suffit pas à prouver qu’ils sont physiquement liés. [1][3][4]
La force de ces images tient à cette complémentarité : Hubble souligne la matière qui arrête la lumière visible ; Webb dévoile une partie de ce qu’elle cache et les émissions de la poussière elle-même. Derrière la silhouette familière se dessine une question bien réelle : comment les étoiles naissent-elles dans un milieu qu’elles contribuent ensuite à transformer ?
